Violences conjugales : le rôle des professionnels de santé
L’histoire de Philippe le montre : la première intervention des pouvoirs publics est cruciale. Car c’est au moment où tout a basculé, la première fois, que la prise en charge sera efficace. Un homme habitué depuis longtemps à frapper sa compagne, finira par trouver cela normal. Il sera beaucoup plus difficile de le soigner, et surtout, d’éviter la récidive. Alors que si l’on réagit tout de suite, le préventif devient curatif, et le taux de récidive passe à moins de 6% des cas, selon les statistiques. « Nous avons décidé de ne pas attendre le pire », explique une magistrate de Douai, dans le Nord de la France, où un dispositif spécifique a été mis en place depuis 2003. « Nous prenons donc en compte les premiers signes de violences, que ce soit des violences verbales, je pense aux menaces de mort, aux menaces d’infractions, mais aussi les petites violences physiques : secouer sa compagne, lui tirer les cheveux, la gifle, la baffe. ». Le dispositif a aujourd’hui largement fait ses preuves. Après la garde à vue, les hommes violents sont placés dans un foyer Emmaüs, contraints de se plier à des règles très strictes… et puis, il y a les groupes de parole.
Sylvie, elle, a 53 ans. Elle a été giflée, battue, humiliée, violée par son mari pendant 11 ans. Plus d’une décennie avant de parvenir à en parler, et à s’en sortir. « Son regard changeait avant chaque épisode de violence. Un regard très noir. Comme s’il voulait me tuer. Il a d’ailleurs essayé de m’étrangler, plusieurs fois. Il m’a détruite, mais j’étais toujours amoureuse de lui. Jusqu’à ce qu’il s’en prenne aux enfants. C’est étrange, parce qu’on reste pour les enfants, pour ne pas les priver de leur père. Et puis le jour où les enfants deviennent ses nouveaux jouets, son nouveau défouloir, on part pour eux, pour les protéger. On reste pour eux, et on part pour eux. »
Mais parfois, la victime n’est pas forcément celle qu’on croit. Certains hommes, sont aussi des martyrs, chez eux. Ainsi, nous avons rencontré Julien, à Angoulême : ce n’est pas son vrai prénom. S’il préfère garder l’anonymat, c’est par peur de représailles, mais aussi par honte. Cet homme d’une cinquantaine d’années a subi pendant plusieurs mois la violence de sa conjointe. « A chaque fois qu’elle s’en prenait à mon fils, je m’interposais. Du coup c’était moi qui prenais. Elle me fichait des coups de balai. Une fois j’étais tellement marqué que je n’ai pas pu sortir pendant quinze jours, j’avais un œil au beurre noir, des hématomes un peu partout. Ma figure avait doublé de volume. »
Ce père de famille est sorti du silence grâce à une structure associative, un centre d’hébergement qui loge en urgence ou à long terme des hommes, des femmes, des enfants ou des
A quelques portes du bureau du Directeur, le psychiatre de l’association reçoit en consultation tous les hébergés. Pas de solution miracle. Mais il aide les patients à trouver la clé pour sortir de la spirale de la violence. « On les questionne », explique le médecin. « Ce sont ces questions qui les font cheminer soit vers la séparation définitive, soit vers un fonctionnement de couple différent. Ce sont eux qui choisissent leur rythme, c’est très important. On ne peut les obliger à rien. » L’année dernière, dans cette petite ville de 40 000 habitants, l’association s’est occupée de 1824 personnes victimes de violences conjugales. La partie émergée de l’iceberg…. Car la majorité des victimes ne dépose jamais plainte. D’où l’importance de savoir détecter leurs souffrances. Et de les aider à parler, et à agir.
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