Seniors : 10 ans après les 20 000 morts de la canicule, comment les protéger ?
Personne
n’a oublié ces images terribles de l’été 2003, quand on ne savait plus
quoi faire de nos morts, des vieillards décédés par dizaines, succombant
de chaleur, de déshydratation et de solitude. Il avait fallu entreposer
les corps non réclamés dans des entrepôts frigorifiques industriels,
dans des camions réfrigérés dont on faisait tourner le moteur jour et
nuit, près d’Ivry en région parisienne. 70 000 morts en Europe, 20 000 en France. « Plus jamais ça », c’est aujourd’hui le discours unanime des urgentistes, marqués à vie par ces images là.« Ces vieillards étaient morts deux f
ois, d’abord de la canicule, ensuite de l’indifférence », se souvient Patrick Goldstein, chef du SAMU dans le Nord de la France. « Vous rendez-vous compte, on ne s’est rendu compte de leur décès que parce que l’odeur gênait les voisins… C’est abominable, un souvenir qui nous a tous bouleversés à jamais. »
Dans les morgues des hôpitaux, des dizaines de corps étaient à
l’abandon, un peu partout en France, soit parce que les familles ne
voulaient pas payer les frais d’obsèques, soit parce que personne ne
réclamait leurs dépouilles.
C’était
il y a tout juste dix ans. Comment avait-on pu en arriver là ? Même si
notre été 2013 n’est pas franchement typique d’un été caniculaire, il faut tout de même se préparer au pire,
toujours. Car les météorologues ne sont pas devins. Et il faut être
prêt à tout moment, à protéger nos aînés, parfois si seuls dans leurs
petits appartements étouffants. Parfois habitants des centres-villes,
sans que personne ne vienne leur dire bonjour pendant quelquefois des
semaines. Surtout pendant ces mois de vacances où le commun des mortels
est ailleurs.
Depuis 2003 donc, le Ministère de la Santé met chaque année en place un plan canicule afin qu’une crise sanitaire de cette ampleur ne se reproduise jamais. « Beaucoup de personnes âgées qui sont mortes pendant la canicule l’étaient déjà socialement », explique Agathe Gestin, responsable du programme Personnes âgées de la Fondation de France. « L’une
des raisons de l’hécatombe de 2003, (et les maisons de retraite ont
payé un lourd tribu, la moitié des victimes), c’est le manque de moyen », estime Pascal Champvert, président de l’ADEHPA, l’Association des Directeurs d’Etablissements d’Hébergement pour Personnes Âgées. « Dans certains établissements, on ne comptait que deux aides soignantes pour 80 pensionnaires ! »
Le problème, c’est que les personnes âgées sont toujours aussi seules,
plan canicule ou pas. Et que certaines maisons de pension sont toujours
aussi pauvres, en moyens comme en personnel.
10 ans après donc, les deux principaux problèmes de fond demeurent. C’est bien de demander des alertes à Météo France. C’est bien
de demander aux municipalités de rester vigilantes, tout comme aux associations et aux services d’urgence. C’est bien de recenser les personnes âgées et fragilisées. De distribuer des bouteilles d’eau… Mais les pouvoirs publics ne peuvent pas tout. Et c’est à chacun de veiller sur ses proches, même très âgés, même placés en établissement. « Je me souviens de cette maison de retraite qui comptait une victime, en 2003. Son fils avait refusé d’écourter ses vacances, il avait fallu attendre près de deux semaines pour l’inhumation », raconte Patrick Goldstein.
Canicule ou pas, finalement, ce qui est préoccupant c’est l’indifférence générale de la société pour ses personnes âgées. Une situation soulignée par la ministre Michèle Delaunay, sur le stand Jobvitae au salon Santé et Autonomie à la fin du mois de mai. 12 500 emplois d’avenir spécifiquement dédiés aux seniors devraient être créés, et c’est une vraie bonne chose. Mais cela ne remplacera jamais l’attention d’un fils, ou d’un petit-fils, pour ses parents ou ses grands-parents. C’est peut-être là-dessus que devraient porter davantage les campagnes de sensibilisation.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire